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Lancement de Luttes XXX, Montréal: Travailleuses du sexe

Les Éditions du remue-ménage vous invitent au lancement de

Luttes XXX: Inspirations du mouvement des travailleuses du sexe

de Maria Nengeh Mensah, Claire Thiboutot et Louise Toupin

Une anthologie qui présente différentes formes de résistance qui ont inspiré les travailleuses du sexe au Québec. Un appel à la justice et à la reconnaissance sociale!

Le jeudi 10 novembre 2011

17 h Cocktail – Un verre de vin sera offert aux 30 premières personnes arrivées

18 h Luttes XXX : Lectures et performances

Soirée animée par Maria Nengeh Mensah, Louise Toupin et Claire Thiboutot

Laura Agustín, Chercheure indépendante et écrivaine – Malmö-Copenhague.

Anna-Louise Crago, Stella – Montréal

Leslie Jeffrey, Université du Nouveau Brunswick – Saint John

Jocelyne Lamoureux, Université du Québec à Montréal – Montréal

Véro Leduc, Stella – Montréal

Carol Leigh, Bay Area Sex Workers Advocacy Network – San Francisco

Julie Marceau, Alliance féministe pour les droits des travailleuses du sexe – Montréal

Sylvie Rancourt, Bédéiste et artiste peintre – Barraute

Mirha-Soleil Ross, Réalisatrice, performeuse et sex worker – Toronto

21 h Musique!

Dj Radikale & Dj Sam

Le jeudi 10 novembre 2011

dès 17 heures

au Royal Phoenix!

5788, boul. Saint-Laurent, Montréal (coin Bernard, métro Rosemont)

en collaboration avec l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’UQAM et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

rsvp avant le 7 novembre : info@editions-remuemenage.qc.ca

*Accessibilité : Le lieu et les toilettes sont accessibles aux personnes en fauteuils roulants

Le sexe dans «la traite sexuelle»

Original: The Sex in Sex Trafficking, par Laura Agustín, 19 novembre 2008, American Sexuality. Traduction par Thierry Schaffauser.

Le sexe dans «la traite sexuelle», par Laura Agustín

Je ne crois pas qu’il y ait des sexualités nationales. Mais notre langue reflète de vagues impressions sur la façon dont les gens d’autres cultures font l’amour – un baiser avec la langue, «français»; pénétration anale, «Grec»; pénis entre les seins, «Cubain”. Il y a des stéréotypes que la plupart d’entre nous ne prenons pas au sérieux, et les balises nationales varient en fonction des pays où nous sommes. Mais partout nous avons des notions qui sont là, quelque part étranges, merveilleuses, et des formes exotiques de sexe n’attendent que nous pour les essayer.

Mais que dire de la traite sexuelle, dénoncée dans les médias comme une criminalité galopante liée aux gangs et à l’insécurité aux frontières? Le gouvernement américain, qui prétend être l’arbitre moral du monde, dépense des millions à émettre un rapport annuel en carte de notation des efforts des autres pays pour lutter contre ce crime et d’essayer de sauver ses victimes dans le monde entier. L’implication est claire: les idées «américaines» sur le sexe et la morale sont les bonnes pour la planète. En d’autres termes, si l’idéal «américain» des relations sexuelles est accepté partout dans le monde, l’asservissement des femmes et des enfants prendra fin.

En occident, à présent, de nombreuses personnes croient que le sexe doit exprimer l’amour. On dit aussi que ce «bon» sexe fournit un moyen clé pour découvrir son identité personnelle, qui nous sommes vraiment, notre vie intime. Il est supposé que les sentiments d’amour augmentent le plaisir (quantitativement) et l’intensifient (qualitativement), résultant dans la passion véritable qui s’exprime à travers des relations de long terme, et engagées émotionnellement. D’autres relations sexuelles semblent alors mal, parmi elles le sexe anonyme, public, et de «promiscuité». Par-dessus tout, le «véritable» amour et le sexe sont dit être incompatibles avec la rationalité et le travail au moins c’est ainsi que beaucoup souhaitent qu’il le soit.

Dans le même temps, les gens se demandent: Y a-t-il un boom en cours de l’achat et de la vente de sexe, qui fait partie d’une sexualisation générale de la culture contemporaine? Puisque des données objectives sont impossibles à recueillir lorsque les entreprises opèrent en dehors de la loi, nous ne pouvons pas savoir si les transactions sexuelles contre argent sont plus en cours que jamais, mais nous savons certainement que nous en voyons et en entendons parler plus. Ainsi, bien que nous racontions une histoire puissante sur l’appartenance du sexe et de l’amour ensemble, nous comprenons aussi que les gens veulent d’autres types de relations sexuelles. Nous entendons parler de personnes qui achètent et vendent des services sexuels par nos amis, connaissances, les médias, et parfois via des rapports sur les migrations, et c’est là où la traite sexuelle entre en jeu.

Dans un contexte d’hostilité croissante envers les migrants, cela ronge les nerfs des gens de penser que beaucoup pourraient préférer utiliser le sexe pour gagner de l’argent au lieu de laver de la vaisselle, garder des enfants, travailler dans un atelier clandestin, ou la cueillette des fruits, et ce pour beaucoup moins d’argent. Mais les migrants-qui viennent dans toutes les tailles, formes et couleurs, et d’origines variées à l’infini – essaient juste d’obtenir le mieux de ce qui peut être un chemin très rocailleux. Les migrants qui traversent les frontières pour travailler doivent être souples et adaptables pour réussir. Ils ne savent souvent pas à l’avance comment ils vont vivre, et ne connaissent pas la langue. Ils peuvent ne pas trouver la nourriture, la musique ou les films qu’ils aiment, ou la mosquée, le temple ou l’église. Tout semble différent, ils se sentent seuls. Ils peuvent se sentir une pression énorme à rembourser les dettes contractées pour entreprendre leur voyage, et ils peuvent craindre d’être ramassés par la police. Mais ils sont arrivés avec un plan, quelques noms et adresses, et une certaine quantité d’argent.

Lorsque la politique migratoire est resserrée dans le même temps que les emplois à faible statut sont disponibles en abondance, un marché s’ouvre pour aider les migrants à traverser les frontières. Certains de ces voyages semblent légaux, mais une grande partie implique des risques plus importants et des coûts plus élevés, et certains comportent- une exploitation flagrante que les migrants soient destinés à travailler dans des mines, des maisons privées, des ateliers clandestins, l’agriculture ou l’industrie du sexe.

Certains migrants préfèrent tout plutôt que de vendre du sexe, par exemple, des «mules» prennent comme travail de transporter des stupéfiants à l’intérieur de leur corps. Après avoir traversé une frontière, l’expérience de travail et les diplômes, que ce soit en col blanc ou bleu, ne sont généralement pas reconnus. Des migrants instituteurs, ingénieurs, infirmières, coiffeurs et toute une gamme d’autres ne trouvent que des emplois de faible statut, peu rémunérés qui s’offrent à eux. Beaucoup d’entre eux, quelque soit le spectre social, préfèrent travailler dans l’industrie du sexe dans l’un ou l’autre d’une grande variété d’emplois.

Bars, restaurants, cabarets, clubs privés, bordels, discothèques, saunas, salons de massage, sex-shops, peep-shows, chambres d’hôtel, dans leur propre logement, librairies, clubs de strip-tease et lap-dance, donjons, via des sites Internet, des salons de beauté, clubs, cinémas, toilettes publiques, des lignes téléphoniques, des fêtes à bord de navires, ainsi que modèle, dans des fêtes échangistes, d’enterrement de vie de jeune garçon et fétichistes, le sexe est vendu un peu partout. Lorsque ce sont des entreprises qui opèrent sans licence, les travailleurs sans-papiers peuvent facilement être utilisés: le paradoxe de l’interdiction. Pour les migrants qui travaillent déjà sans autorisation officielle, ces emplois pourraient bien ne pas sembler plus risqués que les autres.

Afin de comprendre pourquoi les titres des journaux insistent pour que toutes les femmes migrantes qui se prostituent soient des victimes, nous devons revenir à l’idée populaire que la place du sexe est à la maison, entre amoureux «engagés» et dans la famille. Lorsque que seul ce genre de relation est imaginé être équitable et valable, il devient plus facile de penser que les femmes d’autres cultures sont pauvres, arriérées, des objets vulnérables qui attendent passivement leur exploitation par des hommes avides. Avec ces notions, du point de vue d’un abri confortable, personne ne choisirait de vendre des services sexuels et les migrants doivent être obligés de le faire.

Que pouvons-nous savoir sur le sexe réel impliqué dans ce conflit moral? Nous savons tous que les actes sexuels ne sont pas les mêmes dans le contexte de la relation amoureuse, et ils ne sont pas tous les mêmes juste parce que l’argent est échangé pour eux. Les travailleurs migrants vendent des millions d’expériences sexuelles chaque jour dans le monde entier à des clients de différentes cultures, apprenant et enseignant à travers l’expérience physique comment se mêle les compétences, la sophistication, l’hostilité, la tendresse, l’insécurité, le respect.

Lorsque nous avons des rapports sexuels avec d’autres, nous nous influençons mutuellement, et bien qu’une interaction unique ne puisse pas avoir un impact durable, de nombreux accords sexuels sont complexes ou répétitifs. Parfois, une seule expérience peut changer le cours d’une vie. Dans une relation commerciale, d’un côté il y a des gens flexibles sur la façon dont ils gagnent de l’argent, de l’autre des gens qui veulent satisfaire un désir ou une expérience. Ces relations prennent place dans des contextes sociaux réels, en effet, le sexe lui-même est souvent issu de la consommation ostentatoire d’alcool ou de divertissement, de croisière ou tout simplement pour les hommes d’être entre hommes. Puisque partout les hommes bénéficient de plus d’autorisation d’expérimenter le sexe et ont plus d’argent à dépenser, leurs goûts aident à déterminer ce qui est offert et avec qui, qu’il s’agisse de femmes, d’hommes ou transsexuelles.

Ces millions de relations, qui ont lieu tous les jours, ne peuvent pas être réduites à des actes sexuels indifférenciés ou éliminés de l’examen culturel simplement parce qu’ils impliquent de l’argent. A la fois le travailleur du sexe et le client peuvent jouer de séduction, flirt, et d’affection quand ils sont ensemble, mais la camaraderie, l’amitié, l’amour et le mariage peuvent aussi se produire. Et les deux côtés sont fascinés par les différences sexuelles, imaginées être «nationales», exotiques, et réelles.

Comment nous performons le sexe, ce que nous ressentons lorsque nous faisons les choses en particulier, dépend de notre contexte culturel (non national): la façon dont on nous a appris à le faire et par qui, ce que nous étions autorisés à essayer, si nous avons parlé à d’autres de ce nous faisions et ce que nous voulions. Quand nous nous engageons sexuellement avec d’autres, nous apprenons et enseignons, nous nous influençons les uns les autres et changeons notre façon de faire les choses, souvent sans le savoir. Parce que les gens sont pauvres, ou ont quitté leur pays pour travailler à l’étranger, ou prennent de l’argent en échange de rapports sexuels ne change pas leur humanité, leur capacité à se sentir, de réagir, d’apprendre ou d’enseigner, si le sexe est en cause ou non.

Les titres sur la traite sexuelle prétendent que toutes les femmes migrantes qui se prostituent sont toujours victimes de violence, sans égard de leurs origines diverses et sans leur demander comment elles se sentent. Mais beaucoup rejettent être définies comme sexuellement vulnérables et en besoin de sauvetage et de protection. Tout le monde ne ressent pas les choses de la même façon avec le sexe dans les pays riches comme les Etats-Unis, ou dans tout autre pays. La nationalité est une mauvaise façon de comprendre les êtres humains et leurs sexualités.

Le monde mystérieux du sexe à travers les frontières: migration et traite

Original: The Shadowy World of Sex Across Borders, par Laura Agustín, 19 novembre 2008, The Guardian. Traduction par Thierry Schaffauser.

Note: J’ai écrit ceci car la Ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni a lancé sa proposition législative visant à criminaliser l’achat de sexe auprès des personnes «contrôlées pour le gain d’une autre personne». Une tentative précédente de criminaliser tout achat de sexe, s’est toujours fait conspuer. Cette version de la demande abolitionniste est totalement inapplicable, ainsi que stupide et condescendante envers les hommes et les femmes en général. Non seulement les étranger(e)s, ceux-celles qui ont la peau brune, les ‘autres’ en seraient la cible – mais les britanniques blanc(he)s ordinaires qui seront considéré(e)s comme insuffisamment indépendant(e)s pourrait être accusé(e)s d’être «contrôlé(e)s» par d’autres. Ce n’est que dans cette ligne de travail que les gens sont tenus de travailler seuls et en isolement – aucun lieu de travail, managers, collègues ne sont permis!

Le monde mystérieux du sexe à travers les frontières
par Laura Agustín, 19 novembre 2008, The Guardian.

Les dernières propositions du gouvernement pour les travailleurs du sexe ne contribuent guère à résoudre le problème de la traite des êtres humains

Aujourd’hui, le gouvernement propose que payer pour des rapports sexuels avec celles qui sont “contrôlées au profit d’une autre personne» soit une infraction pénale. En haut de la liste sont les victimes de la traite, et la défense des clients qu’ils ne savaient pas que les femmes auront été victimes de la traite est déclarée irrecevable. Mais les clients peuvent encore avoir une issue. Comment, demanderont ils, la police peut elle prouver que les travailleurs du sexe ont été victimes de la traite?

La police aura à identifier les vraies victimes de la traite en vue d’identifier les clients en défaut – une entreprise notoirement difficile. Dans quelques cas très médiatisés, des victimes auto-identifiées nomment et aident à trouver leurs exploiteurs, et parfois ces trafiquants sont poursuivis avec succès. Mais ces cas sont rares. Plus souvent, il est difficile de signaler des migrants qui ne savaient rien au sujet de leurs emplois futurs, qui n’ont rien accepté de leurs voyages illicites et qui sont prêts à dénoncer leurs agresseurs, qui peuvent être des amis de la famille ou d’anciens amis et amants.

Plus d’une décennie auparavant, tout en travaillant dans un organisme de prévention du SIDA dans les Caraïbes, j’ai visité une petite ville célèbre pour être un marché pour la migration informelle. Dans un café, un garçon m’a offert tout ce que j’aurais demandé en retour pour l’aider à atteindre n’importe quel endroit en Europe. Plus tard, j’ai rencontré une femme déterminée à voyager vers Paris pour travailler. Très informés sur les prix, elle évitait les courtiers promettant de “s’occuper de tout”.

J’ai visité un village où la plupart des familles parlaient avec fierté des filles qui les entretenaient en vendant du sexe à l’étranger. Et j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont organisé des documents et des transports pour les voyageurs, certains contre frais de chargement et d’autres comme obligation familiale. Les chercheurs comprennent ces réseaux sociaux et les stratégies communautaires utilisés pour obtenir les migrations en cours. Si peu d’emplois sont disponibles à la maison, les institutions locales tentent rarement d’empêcher de tels voyages. Pour ceux qui sont impliqués, ce voyage peut se ressentir irrégulier, mais non criminel, étant donné le marché du travail pour les migrants à l’étranger.

Le hic, c’est que la plupart des emplois disponibles ne sont pas reconnus par les régimes nationaux d’immigration qui ne valorisent que des professionnels hautement formés et de l’emploi du secteur formel. Les permis de travail ne sont pas accordés pour des emplois à faible prestige dans les cuisines, les ateliers clandestins, boîtes de nuit ou dans l’agriculture. La réglementation stricte des marchés du travail peut être décrite comme un moyen de promouvoir l’augmentation des travailleurs non autorisés.

La convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée essaie de faire la distinction entre la traite et le passage clandestin d’êtres humains, mais il ya encore une certaine confusion sur ce que veut dire quoi. Le protocole sur la traite mentionne les femmes, la coercition et la prostitution, mais pas la volonté de migrer, alors que le Protocole contre le passage clandestin parle des hommes comme de migrants. Des réunions pour parvenir à des définitions ont été prolongées et avec conflit, et le désaccord sévit encore sur ce que les mots clés tels que la coercition, la force et la tromperie veulent dire dans des situations concrètes.

Nul ne peut avoir les bonnes statistiques là où les déplacements impliquent de faux papiers ou des visas dépassés et où les emplois sont dans l’économie informelle. Le rapport du gouvernement fédéral américain annuel sur la traite repose sur des estimations approximatives de la CIA, la police et l’ambassade, des situations qui ne sont pas comprises de la même façon dans toutes les cultures et classes sociales. Quelques chiffres pour les victimes de la traite se référent à tous les migrants qui se prostituent, tandis que d’autres exigent la preuve que les victimes ne savait rien de ce qui se passait. Pour prouver un cas, les enquêteurs doivent se concentrer intensément et longuement, et la connaissance de plusieurs cultures, des contextes politiques et des langues sont nécessaires. Même alors, les histoires ont tendance à être ambiguës et les victimes impliquées dans la faute.

Une migration réussie exige une certaine sophistication et l’accès aux réseaux sociaux fournissant des connaissances, des contacts et de l’expertise. Les migrants les trouvent entre amis, familles et petits entrepreneurs récents, la plupart d’entre eux ne seraient pas qualifiables de criminalité organisée, avec ses accents démoniaques, ou même comme des gangsters. Cela permet de tenir compte de l’échec de la police de localiser un grand nombre de trafiquants: les migrants ne sont pas désireux de dénoncer les gens qui les ont aidés, même quand ils n’ont pas obtenu l’accord qu’ils espéraient. Les migrants qui réussissent doivent être aventureux, flexibles dans la prise de risques, ils sont souvent fiers des tribulations qu’ils ont survécu.

Certains imaginent la migration impliquant de la vente du sexe comme fondamentalement différente, car ils considèrent le sexe comme intrinsèque à l’autonomie de soi et ruiné par l’argent. D’autres considèrent le sexe comme une activité humaine comme une autre engagée pour toutes sortes de raisons. Ce qui n’est pas réaliste est d’exiger que tous les migrants qui vendent du sexe soient complètement forcés ou totalement libres. Beaucoup de ces migrants objectent d’être catalogués comme des victimes passives – une affiche que des travailleurs d’un bordel de Chiang Mai, en Thaïlande, liste la façon dont les opérations de sauvetage causent du mal. Cela ne veut pas dire que la situation est juste ou que personne ne souffre, mais plutôt que les sauveteurs ne comprennent souvent pas.

Si, comme de nombreux commentateurs du Guardian le déclarent, vous croyez qu’une femme britannique puisse préférer vendre des services sexuels à d’autres options, alors vous devez autoriser cette possibilité aux personnes d’autres nationalités, qu’elles vivent en dehors de leur pays d’origine ou non. Tout le reste est du colonialisme. C’est de la même condescendance que de déclarer qu’elles ont toujours été obligés de migrer, comme si elles n’avaient aucune volonté, préférence ou capacité à planifier une nouvelle vie.

Le problème avec la proposition du gouvernement de criminaliser l’achat de services sexuels de celles “contrôlées pour le gain” (qu’elles soient migrantes ou citoyennes du Royaume-Uni) est de savoir comment définir le contrôle – un autre mot au sens glissant qui ne concorde pas avec les relations qui peuvent entraîner un sentiment d’affection et d’obligation ainsi que de la coercition et de la tromperie. Les clients des travailleurs du sexe ne peuvent exiger que les procureurs prouvent l’improuvable: que les migrants sont sans ambiguïté exploités contre leur gré et souhaitent instantanément être expulsés – ou, comme le gouvernement l’a dit, rendus à leurs familles et leurs maisons.

Le caractère clandestin de la migration promeut toutes les formes d’exploitation. Mais ces réseaux ont toujours existé. C’est seulement avec l’actuelle hyper-anxiété sur l’industrie du sexe que le côté entrepreneurial du franchissement des frontières est attaqué en masse, comme si une nouvelle course aux fléaux tentait de conquérir le monde civilisé.

Il ne devrait pas être si difficile de maintenir deux idées en même temps: certaines personnes préfèrent vendre des services sexuels à d’autres options, peu importe où elles sont nées, tandis que d’autres personnes trouvent cela insupportable. Certains migrants sont maltraités par les intermédiaires ou ne veulent pas migrer du tout, tandis que d’autres migrants reçoivent plus ou moins ce qu’ils veulent en payant des gens pour les aider. Le plus grand problème est la quasi-impossibilité d’obtenir les autorisations légales et des visas fondés sur l’emploi du secteur informel. Si ce problème été amélioré, ceux qui ne veulent pas vendre des services sexuels pourraient se diriger vers d’autres emplois, et ceux qui le veulent ne seraient pas préoccupés par la persécution de la police – ou, en effet, d’être secourus quand ils ne veulent pas l’être.

–Laura Agustín, the Naked Anthropologist

Rapport douteux sur la loi d’achat de sexe, Svenska Dagbladet

Original: Tvivelaktig rapport om sexköp, par Laura Agustín et Louise Persson,, 15 juillet 2010, Svenska Dagbladet. Traduction par Thierry Schaffauser. J’ai décrit le contexte dans La fumée dans les yeux . Étant donné une tres grande limite de mots, nous ne pouvions parler des questions clés que de façon réduite allant à l’essentiel.

Les crimes sexuels diminuent en Suède: La nouvelle évaluation de la loi contre l’achat de sexe diffuse le message autour du monde, mais le rapport souffre de trop nombreuses erreurs scientifiques pour justifier une telle affirmation.

Le rapport a été retardé. Il est difficile de trouver des preuves pour expliquer pourquoi on ne voit plus les travailleurs du sexe là où on les voyait avant: Ont-ils cessé de vendre du sexe, ou le font-ils ailleurs? Les personnes stigmatisées et criminalisées évitent tout contact avec la police, les travailleurs sociaux et les chercheurs.

La prostitution de rue reçoit une attention exagérée dans l’enquête, en dépit du fait qu’elle ne représente qu’un petit type en diminution du commerce du sexe qui ne peut être extrapolé à l’ensemble. L’enquête mentionne la difficulté de la recherche s’agissant de «la prostitution sur Internet», mais semble ne pas savoir que l’industrie du sexe prend de nombreuses formes différentes et à rechercher en profondeur ailleurs (escortes sans sites Web, sex parties, strip-clubs, salons de massage, et étudiants qui vendent du sexe, entre autres).

La conclusion du rapport que la loi a diminué la prostitution est basée sur les rapports de police, des groupes financés par le gouvernement travaillant sur la prostitution dans trois villes, quelques petites études et des comparaisons avec d’autres pays nordiques. Mais la police ne rencontre les travailleurs du sexe que dans le cadre d’enquêtes criminelles, les groupes financés rencontrent principalement les travailleurs du sexe demandant de l’aide, de petites études ne peuvent indiquer les tendances et les statistiques danoises sur le nombre des travailleurs du sexe de rue «actifs»  – utilisées pour montrer que la prostitution en Suède est moindre – ont été publiquement révélées comme fausses il y a huit mois.

Il est affirmé que la loi a eu un effet modérateur sur la traite sexuelle, mais aucune preuve n’est offerte. Les statistiques sur la traite ont longtemps été contestées en dehors de Suède, en raison de la confusion dans la définition et le refus d’accepter la distinction de la Convention des Nations Unies sur la criminalité organisée entre traite des êtres humains et le passage clandestin humain lié à la migration du travail informel. Le rapport affirme que la loi diminue le «crime organisé», sans analyser la façon dont les crimes ont été identifiés et résolus ou comment ils sont liés à la loi contre l’achat de sexe.

Toute recherche sociale doit expliquer sa méthodologie. Une évaluation comme celle-ci doit fournir des détails sur l’échantillon des personnes consultées, car même dans un champ aussi petit que la Suède, aucune étude ne peut prétendre parler à tout le monde. Les normes de la recherche méthodologique doivent expliquer comment les informateurs ont été consultés, dans quelles conditions, quelles sont les questions qui leur ont été posées et comment, quel dispositif éthique a été mis en place pour aider à garantir qu’ils ont donné leur vrai avis, comment un équilibre entre les différentes parties prenantes a été réalisé, combien de personnes ont refusé de participer, et ainsi de suite. Dans ce rapport, toutefois, la section sur la méthodologie est pratiquement inexistante. Nous ne savons rien sur la façon dont l’évaluation a été effectivement réalisée.

D’autre part, le rapport regorge de documents non pertinents: arrière-plan sur la façon dont la loi a vu le jour, l’histoire de la Suède avec l’égalité des sexes, pourquoi la prostitution est mauvaise, pourquoi le public international s’intéresse à l’évaluation et le nombre de Suédois dont on dit qu’ils soutiennent actuellement la loi. Une unique et triste histoire personnelle d’une travailleuse du sexe occupe trois pages, tandis que le compte des opinions des travailleurs du sexe se limite aux résultats d’une enquête de seulement 14 personnes dont sept seulement étaient des travailleurs du sexe en exercice.

La recherche doit s’essayer à une sorte d’objectivité, mais la mission du gouvernement à l’équipe d’évaluation dit que «l’achat de services sexuels doivent continuer à être criminalisé», peu importe ce que les évaluateurs ont constaté. Le biais est inhérent.

Le gouvernement suédois considère que la loi est d’intérêt international comme forme de prévention du crime. Ce qu’ils ne savent pas, c’est comment, quand le rapport est traduit et révisé, les erreurs méthodologiques et les biais brut amènent les chercheurs dans ce domaine à rejeter cette évaluation.

Le débat sur la traite internationale a dépassé la position simpliste présentée dans ce rapport. Plus d’humilité est nécessaire de la part d’un petit pays avec peu d’expérience, et de recherche sur la migration irrégulière et l’industrie du sexe. Si l’on veut se présenter comme occupant une moralité plus élevée que les autres pays, il faut faire un meilleur travail pour comprendre les questions complexes. Cette évaluation ne nous dit rien sur les effets de la loi contre l’achat de sexe.

Nous avons offert des sources sur le sujet de la recherche viciée ne soutenant pas les affirmations extravagantes dans ce domaine, mais les éditeurs l’ont omis.

Socialstyrelsen. 2007. Kännedom om Prostitution:.Un autre rapport du gouvernement suédois d’il y a quelques années qui conclut que peu peut être connu de la prostitution en Suède:

Folketingets Socialudvalg, 20 novembre 2009. Socialministerens endelige svar nr påspørgsmål. 37 (Alm SOU. Del). Question au Parlement danois sur les chiffres incorrects réclamé pour la prostitution de rue.

OIM-SIDA. 2006. Traite des êtres humains et la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Recherche financée par la Suède trouvant les allégations sur la traite non fondées.

BBC News Magazine. 9 janvier 2009. Est ce que le nombre de call girls victimes de la traite est un mythe?

United States Government Accountability Office. Juillet 2006. Human Trafficking: de meilleures données, stratégie, et des rapports nécessaires à l’amélioration des efforts des États-Unis dans la lutte contre la traite à l’étranger.

Les Carpenter. 2010. Démystifier le plus grand mythe de la Coupe du Monde. Nouvelles Yahoo, 10 juin.

Quitter son pays pour le sexe

Il y avait des footnotes dans cet essai, mais pendant le processus de convertir en endnotes les numéros sont perdus. Les endnotes sans numéros se trouvent au bout de la page. Désolée.

Remettre en question la notion de ‘place’: Quitter son pays pour le sexe

ConStellation, 8, 1, 51-65. Traduction par Stella (Montréal).

Laura Mª Agustín

D’abord publié dans Development, 45.1, printemps 2002, dans le cadre du projet dirigé par la Société de Développement International (Rome) sur ‘La Femme et les conséquences politiques de sa place’.

Dès que les gens migrent, ils ont tendance à songer à l’endroit où ils sont nés sentimentalement. Ils évoquent de chaleureuses images de leurs proches, des objets de la vie de tous les jours, de leurs rituels, des chansons, de la nourriture. Dans toutes les cultures, beaucoup de fêtes religieuses et nationales réifient certains concepts comme le ‘chez soi’ et la ‘famille’, habituellement par des images d’un passé folklorique. Dans ce contexte, la migration est perçue comme étant un ultime recours, un déplacement désespéré et les déplacés comme étant privés de l’endroit auquel ils ‘appartiennent’. Pourtant pour des millions d’individus tout autour de la Terre, il n’est ni réaliste, ni désirable d’entreprendre des projets plus adultes ou plus ambitieux au lieu de naissance; et changer de lieu de vie est une solution conventionnelle — pas traumatisante.

Comment cette décision de se déplacer se produit-elle? Les tremblements de terre, les conflits armés, les maladies ou le manque de nourriture contraignent certaines personnes, ne leur laissant pas beaucoup de choix ni de temps pour considérer leurs options: ces gens sont parfois appelés des réfugiés. Quand un homme célibataire décide de voyager, son geste est généralement vu comme une évolution entendue, le produit de son ambition ‘normale’ et masculine d’améliorer son lot par son travail: on l’appelle un migrant. Puis, il y a le cas de la femme qui tente d’en faire autant. Continue reading