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The Naked Anthropologist · Derrière le visage heureux de la loi suédoise anti-prostitution | | The Naked Anthropologist

Derrière le visage heureux de la loi suédoise anti-prostitution

Original: Introduction par Laura Agustín. Traduction par Thierry Schaffauser.

Partout où je vais, où je vis, je rencontre toujours des gens avec un sens critique, original et des vues non-conformes, et la Suède ne fait pas exception. Le post spécial d’aujourd’hui vient de Louise Persson, dont le livre sur le féminisme ‘classique’ est sorti l’année dernière et qui a aussi tenu un blog sur Frihetspropaganda depuis Mars 2004. Son allégeance est au libertarianisme, et elle aime à se dire militante. Etant une critique de longue date de la loi suédoise pénalisant l’achat de services sexuels, Louise a écrit l’article ci-dessous au sujet du rapport sur l’évaluation gouvernementale de la loi, qui a été publié vendredi. Des liens vers de nombreux autres critiques suédoises de l’enquête et le rapport sont à la fin: de nombreux Suédois n’aiment pas la loi, mais, depuis que le gouvernement la traite comme un symbole de l’identité suédoise, ces voix sont rarement entendues dans les forums publics. Cela vous rappelle quelqu’un d’autres gouvernements que nous connaissons?

Derrière le visage heureux de la loi suédoise anti-prostitution
Ou, la réussite qu’est la loi suédoise sur l’achat de sexe, ou peut-être pas. . .
par Louise Persson, 3 juillet 2010

«Nous ne faisons pas de réduction des risques en Suède. Parce que ce n’est pas la façon dont la Suède voit ça. Nous voyons cela comme une interdiction de la prostitution: il ne faut pas qu’il y ait de prostitution “, a déclaré l’enquêteuse gouvernementale Anna Skarhed souriant à la journaliste participant à la conférence de presse sur la publication du rapport d’une enquête destinée à évaluer les effets de la loi contre l’achat de services sexuels, et non pas pour questionner la loi elle-même. Et plus tard: «La réduction des risques n’est pas le modèle suédois.”

Skarhed a poursuivi en disant que les prostituées – les femmes – ne sont pas marginalisées. Il y a certains qui prétendent que oui, mais «Nous ne voyons pas cela».

La déclaration sur la réduction des risques est très intéressante. Un cadre de réduction des risques est en opposition aux lois moralisatrices, mais Skarhed a refusé de reconnaître un caractère moral à la loi, la présentant comme une simple «interdiction» d’un comportement inacceptable. Il n’est pas vrai non plus, qu’il n’y a pas de réduction des risques ici. La Suède peut être restrictive et répressive contre les usagers de drogues illicites et les acheteurs de sexe, mais il y a quelques programmes pragmatiques – de réduction des risques – en Suède. On pourrait imaginer qu’une experte en matière de droit nommée par le gouvernement en tant que chercheur indépendant aurait une idée de la différence entre pragmatisme et idéologie. Vous ne pouvez pas évaluer les effets de la loi sans aucune compréhension de la réduction des risques, c’est comme tout évaluer, sauf les effets sur les personnes impliquées.

L’affirmation du rapport que les travailleurs du sexe ne sont pas marginalisés est d’une arrogance déconcertante, ignorant ce que les travailleurs du sexe sont nombreux à dire sur la façon dont la loi augmente la stigmatisation et donc leur marginalisation dans la société. Voir cette video avec Pye Jakobsson de Rose Alliance , à titre d’exemple.

En tant que critique de longue date de la loi, j’avais de faibles attentes, mais je ne m’attendais pas à ça: Une absence étonnante de principes directeurs impartiaux et objectifs, l’absence de preuves solides et une image méthodique confuse qui pourrait signifier une pure et simple devinette. Toutes les conclusions du rapport sont donc discutables. J’étais prête à mettre l’accent sur le fait que Skarhed n’était pas autorisée à critiquer librement la loi, mais le rapport lui-même est un problème encore plus grave. Des références maintenant familières d’auto-congratulation sur la plus grande valeur morale de la Suède par rapport à d’autres pays ne manquent pas: ici la loi est attribuée d’un pouvoir presque magique pour éradiquer la traite et le patriarcat, à la fois.

Les “Sources” sont mentionnées, mais absolument rien n’est expliqué sur la méthodologie. Les sources ne mentionnent ni les personnes ni les organisations auditionnées, notamment ECPAT (bien que l’aspect des enfants de la loi m’échappe), mais il n’y a rien sur la façon dont les personnes interrogées ont été choisies, raisons pour lesquelles elles étaient pertinentes, quel questionnaire a été utilisé ou comment les entretiens ont été analysés.

Les travailleurs du sexe sont répertoriés comme sources, mais ils semblent avoir été oubliés jusqu’à très tard. Ils sont appelés, d’une manière discriminatoire, «personnes exploitées» (p. 126-127). Un total de 14 personnes provenant de deux organisations ont rempli un questionnaire: environ la moitié étaient des travailleurs du sexe actifs de Rose Alliance, l’autre moitié d’anciens travailleurs du sexe de PRIS. Les résultats de cette recherche étaient une conclusion connue d’avance de toute façon: les travailleurs du sexe actifs ne seraient pas au courant de leur propre exploitation et les anciens travailleurs du sexe sont heureux avec la criminalisation. La ressemblance est frappante avec l’idée féministe que toutes les femmes dans la prostitution doivent être sauvées et libérées. Ce que Skarhed ne mentionne pas, c’est que très peu de membres de PRIS se sont déjà déclarés en faveur de la loi. Rose Alliance, est également une petite organisation, et ont critiqué la loi, mais au moins ils ont mis le questionnaire en ligne disponible à toute travailleuse du sexe qui voulait participer. Peu ont trouvé ça intéressant, malheureusement.* Le problème ici est qu’il n’est pas approprié de prendre deux petites organisations locales et prétendre représenter tous les travailleurs du sexe actifs et anciens.

Peut-être soupçonnant que le rapport serait considéré comme du ridicule n’importe quoi, Skarhed a choisi de publier une longue et personnelle, déchirante «histoire» d’une ancienne prostituée malheureuse. L’implicite (ridicule) rhétorique qui s’adresse à toute personne critiquant la loi est «Hey, êtes-vous en faveur de cette souffrance?” Mais cette stratégie ne tiendra pas, parce que les Suédois savent que tous les travailleurs du sexe ne sont pas malheureux. Lorsque le texte dit «les personnes ayant une expérience de la prostitution ont des besoins complexes» (p. 93), Skarhed se réfère effectivement à cette histoire simple, comme si tous les travailleurs du sexe peuvent être regroupés en tant que victimes misérables. Le texte lui-même a été écrit par PRIS, une autre indication de l’agenda politique du rapport.

En outre Skarhed déclare (dans le chapitre 4.3) que, d’une part, ils n’ont aucune idée du nombre de travailleurs du sexe qu’il y a en Suède, et, d’autre part, que la loi a permis de réduire la prostitution de rue de 50%. Mais elle a aussi déclaré que l’augmentation des services offerts sur des sites Internet n’est pas différente de celles des pays voisins », d’où elle conclut que cela montre que la loi n’a pas contribué à une augmentation de la prostitution « cachée ». Il s’agit clairement d’une tentative pour parer les arguments des détracteurs de la loi. La seule conclusion réelle est que la diminution de la prostitution de rue en Suède est une réelle diminution résultant de la loi. Lien de causalité par confusion? Il est en effet remarquable de voir quelles conclusions peuvent être tirées sur la base de ne pas avoir la moindre idée, et sans aucun chiffre, un point déjà noté dans une autre évaluation gouvernementale de la prostitution en Suède en 2007 (Socialstyrelsen-Office national de la Santé et des Affaires sociales).

Peut-être il y a un état d’esprit qui peut expliquer cela. Skarhed a déclaré à la conférence de presse que les conclusions sont évidentes et le matériel recueilli justifiait leur élaboration.

«  Je pense que ces conclusions sont tout à fait évidentes. Mais la chose importante pour l’enquête a été d’essayer, pour ainsi dire, d’obtenir la base pour pouvoir les dessiner. Et voilà comment nous avons travaillé. »

C’est une déclaration qui, en soi, devrait soulever de sérieuses questions sur l’utilité et la méthodologie empirique de l’enquête. Le rapport indique également (et c’est le plus proche moyen de se rendre à une discussion de la méthodologie):

«   Les études empiriques qui ont été menées ont, dans certains cas, eu une portée limitée, et différentes procédures de travail, méthodes et buts ont été utilisés. À la lumière de ces facteurs et d’autres, il peut parfois être raison d’interpréter les résultats avec prudence. Cependant, malgré ces réserves, nous considérons toujours qu’il est possible de tirer des conclusions basées sur la matière à laquelle nous avons eu accès, et les résultats que nous présentons sur ces données donnent, à notre avis, une image aussi claire, qu’il est actuellement possible de produire. »

Une autre explication réside sans doute, et surtout, dans la directive initiale du gouvernement à Skarhed: l’objectif était d’évaluer si la loi a une fonction dissuasive, qui était l’ambition initiale derrière la loi, et de recommander la façon dont elle pourrait être renforcée pour répondre à cette ambition. La directive déclarait que la loi est importante et que l’enquête ne pouvait ni proposer, ni pointer dans une direction autre que,  l’achat de sexe devrait être criminalisé. Par conséquent, que la loi ait été jusqu’à présent un échec ou un succès, les seules conclusions possibles étaient soit le renforcement de l’application ou de laisser le statu quo.

Les travaux universitaires critiquant la loi comme ceux de Susanne Dodillet en 2009 sont simplement mentionnés dans la section de référence, rien n’est noté à propos de ses conclusions dans le rapport lui-même. La même chose s’applique à Petra Östergren, pionnière d’une étude critique et d’un livre en 2006 sur le moralisme sexuel entourant le type de féminisme qui se cache derrière la loi suédoise. Les deux sont indirectement brossés dans un commentaire en disant qu’il n’est pas pertinent de distinguer entre la prostitution forcée et volontaire (p. 15). En incluant ces livres dans la liste de références, mais sans réellement répondre à leurs critiques du rapport on peut, bien sûr, feindre l’impartialité sans réellement se soucier d’être impartial.

La tâche de l’évaluation était de proposer d’éventuelles modifications à la loi, ce qui est accompli en proposant d’augmenter la peine maximale pour les clients des travailleuses du sexe de 6 mois à un an d’emprisonnement. Un autre changement a été suggéré afin d’accorder une compensation aux prostituées comme victimes, ce qui n’est actuellement pas le cas.

Ces changements de sanctions mettraient la législation en conformité avec celles appliquées pour des crimes violents tels que des coups et blessures, se situant exactement dans l’idéologie féministe radicale considérant que la prostitution est une forme de violence contre les femmes. L’idée d’indemniser les travailleurs du sexe comme des victimes de la violence était à l’origine de Catharine MacKinnon, jusqu’à présent prise en compte uniquement en Suède par le parti féministe suédois (ils ont publié sur newsmill avec MacKinnon en 2008; ma réponse suédoise ici).

Les recommandations de Skarhed soulèvent de sérieuses questions sur son statut d’observateur objectif. Le fait que la qualité de l’enquête était si pauvre, rend encore plus important de les soulever.

Ayant dit tout cela, l’enquête a un autre point d’intérêt qui devrait être abordé.

On prétend que la traite à des fins sexuelles a été touchée par la loi. Encore une fois, ceci est basé sur la «notion» (ce que les gens pensent et affirment) que la Suède n’est pas attractif pour les trafiquants. Cela peut très bien être vrai, mais le rapport ne demande pas comment la loi pourrait avoir eu cet impact, avec une comparaison historique, puisque nous ne savons pas si la Suède n’a jamais été intéressante avant. Le même genre de question s’applique à la prostitution, mais qui soulève la nécessité de chiffres précis, pas faciles à obtenir dans un pays où la prostitution est, en pratique, pénalisée.

L’enquête va maintenant dans un processus de renvoi, pour obtenir différentes opinions avant de prendre une décision pour un changement de la loi. J’espère que les organisations, les experts et les autorités qui doivent évaluer le rapport vont le voir pour ce qu’il est, un travail idéologique en conformité avec une position politique préétablie (visant à interdire un phénomène), et non pas un instrument solide et utile pour évaluer les effets réels de la loi.

* J’ai demandé à Pye Jakobsson, présidente de l’organisation suédoise des travailleurs du sexe Rose Alliance, de donner son contact pour l’enquête. Elle dit qu’ils ont reçu un questionnaire en Janvier dernier et l’ont mis en ligne, mais très peu de travailleurs du sexe se sont intéressés à le remplir, car les questions étaient «stupides».

D’autres critiques en Suède jusqu’à présent

Un projet universitaire sur la prostitution, NPPR , a publié une évaluation attentive du rapport (en anglais), la qualifiant de fourrages sans fin pour les promoteurs et les détracteurs de l’interdiction de continuer à échanger affirmations et contre-affirmations sur ce que l’interdiction a (et n’a pas ) réalisé depuis sa mise en œuvre. Une façon peut-être inutilement neutre de dire que ce n’est pas si difficile de voir les défauts. Autres points de vue indépendants de Hanna Wagenius, Niklas Dougherty, Sanna Rayman, Per Pettersson, Greta, Magnus Brahn, Hans Egnell, Emil Isberg et sans doute d’autres que les jours passent. Le meilleur titre est celui d’Helena von Schantz: Practically Evidence-Free Inquiry

 

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